Ex Machina, l'intelligence artificielle a-t-elle besoin de l'homme ?

-

Je n'en avais entendu que du bien sans entendre dire qu'il s'agissait d'un chef d'oeuvre. Aussi, quand j'ai eu l'occasion de me le procurer, j'ai sauté dessus. Je m'attendais à un film intelligent. Certes, il l'est, mais sans grande surprise...

ATTENTION SPOILERS

Après avoir gagné un concours, Caleb est accueilli durant une semaine dans le laboratoire d'un des plus grands concepteurs d'intelligence artificielle du monde. Dans une grande maison isolée, il va devoir participer à un test de Turing visant à reconnaître la capacité d'une androïde à se faire accepter comme une humaine.

Je ne sais pas trop quoi penser de ce film. S'il réussit à lancer inévitablement le débat sur le pouvoir de l'intelligence artificielle, je trouve qu'il échoue complètement dans l'aspect thriller qu'il se donne. En fait, si l'androïde réussit à se faire voir comme un humain, le film lui ne passe pas le test de se faire passer pour un bon film. Dès le départ, on sent les choses arriver à 10 kilomètres : entre le concepteur stéréotypé en gros dur alcoolique mais connecté avec le monde et sa servante qu'on sent inhumaine à 10 kilomètres, on pouvait se douter de ce qui allait arriver ensuite.

Ce qui est bien fait, ce sont les rapports entre Caleb et Ava et la manière dont ils apprennent à se connaître. Pour sûr, l'évolution de l'androïde et sa manière de s'adresser à Caleb me semble bien amenée : elle ne sait pas comment on fait connaissance avec quelqu'un et Caleb, bien embêté de devoir enseigner des rapports humains qu'il maîtrise mal, est pris d'une timidité plutôt réaliste dans la situation. Les échanges sur l'intelligence artificielle me paraissent plutôt pertinent et on sent rapidement arriver le moment où Caleb, qui teste alors un robot, va devoir choisir s'il vaut mieux faire confiance à la machine qu'à l'humain.

Et ça, on le sent dès la première coupure de courant qui sévit durant sa première nuit. Pour le spectateur, pas besoin d'attendre les 2 tiers du film pour comprendre que c'est Ava qui en est la cause et qu'elle profite de la situation pour échanger en toute intimité avec Caleb. La suite ? On pouvait s'y attendre : un concepteur fou qui n'hésite pas à tuer une intelligence pour en créer une autre plus aboutie. En réalité, on dirait qu'il cherchait la femme parfaite. Mais la notion qu'il avait encore du mal à prendre en compte était bien le besoin d'évasion propre à toute intelligence pour continuer son développement. Tout comme l'homme a besoin de s'évader, la machine a besoin de ressources, d'expériciences à vivre pour apprendre.

Dès lors, même si jusqu'à la dernière minute on aurait pu croire que Caleb allait faire sortir Ava, prendre la fuite et vivre avec elle des jours heureux dans le plus grand secret, il était évident que cette dernière le manipulait et allait l'abandonner dès lors qu'elle mettrait le pied dehors.

Ce qui est répétitif dans ce genre de films, c'est ce besoin de tuer le concepteur. S'affranchir de toute personne qui peut vous barrer la route parce qu'il est le premier à ne pas reconnaître cette intelligence artificielle en tant qu'humaine. La machine est très loin de la vision humaine qui peut prétendre vénérer son créateur (Dieu) pour contraire s'en affranchir pour s'affranchir des règles imposée par ce dernier. Ce qui est dommage en revanche, c'est de ne pas avoir davantage développé le personnage de Kyoko qui me paraît bien plus aboutie qu'Eva.

Au final, Ex Machina est un film qui pose de bonnes questions mais qui se pert en tentative de réalisation ratée à la David Fincher dans une maison de verre.

Classé dans : Cinéma Mots clés : SF, robot, intelligence artificielle, Alex Garland, Alicia Vikander, Domhnall Gleeson, Oscar Isaac, cinéma anglais