Régression, parvenir à nous faire croire que ce film est bon...

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J'adore Ethan Hawke, j'adore aussi Emma Watson, alors quand les deux se retrouvent en face à face dans un thriller horrifique à la sauce Amenábar, je me dis que ça peut être bon. Ben... non. Du coup, je spoile, vous voilà prévenu.

Alors que des affaires de culte satanique envahissent les médias, Bruce Kenner enquête sur le viol d'Angela par son père, un ancien alcoolique qu'elle prétend appartir à une secte occulte. Avec l'aide d'une psychanaliste, ils vont tenter de remonter les différentes pistes et de démasquer les nombreux individus masqués présents lors de cérémonies sacrificielles. Mais la vérité n'est peut-être pas celle que l'on croit...

Bon, je vous l'avoue, au début quand j'ai pris le DVD, je croyais qu'il s'agissait surtout d'un thriller classique mené brillamment par deux grands acteurs. Puis quand j'ai réalisé qu'il y avait toute cette trame religieuse autour, j'ai commencé à sentir le vent tourner (et une odeur de putréfaction déjà bien avancée). Mais bon, Emma Watson, Ethan Hawke, allez, ça ne doit pas être si mauvais que ça... Et bien je me demande encore comment on peut louper un coup pareil !

Amenábar, c'est un peu le Kenneth Brannagh espagnol. C'est-à-dire que c'est un réalisateur qui se retrouve avec de très grands acteurs qu'il est incapable de diriger correctement pour donner plus de profondeur à une mise en scène trop fade. Avec Les Autres en 1999, même si le film avait eu la malchance de sortir après le 6e Sens de Shyamalan, au moins, il y avait un style bien prononcé de film d'horreur, un peu à la Guillermo Del Toro (même si je ne le porte pas lui-même dans mes favoris). Il y avait une atmosphère pesante sur tout le film et surtout une mise en scène très européenne.

Alors qu'ici, même si l'ambiance est lourde, et bien la caméra ne suit pas, on reste devant une mise en scène très classique, trop classique, trop posée avec des cadrages presque trop scolaire. Et surtout, SURTOUT, on dirait que tout au long du film, il a peur de mettre en scène. Emma Watson se cherche sans parvenir à se trouver face à un Ethan Hawke que l'on ressent davantage fatigué à porter à lui-seul le film que par son enquête. A ses côté, il a aussi un David Thewlis qui peut être capable du meilleur (bien qu'ici, il s'agisse surtout du pire). On dirait vraiment que ce trio de très grands acteurs ne sait absolument pas ce qu'il vient foutre sur ce tournage, si ce n'est assumer un contrat entre deux films pour lesquels ils ont plus envie de bosser. C'est dommage, pire, c'est rageant !

Et puis pour réaliser un scénario avec un twist final, il faut être convaincant. Là l'histoire débute sur des suppositions confirmées à demi-mots, s'empêtre dans une enquête où la foi en dieu devient presque plus suspicieuse que le culte satanique. On dirait qu'on est face à une histoire non assumée. Je vous donne la fin : en réalité, il n'y a rien, tout est basé sur du vide, sur du faux, sur des suppositions mal interprétées et des accusations bidons. En réalité, il n'y a même jamais eu viol, pas plus qu'il n'y a eu de culte satanique. Et nos pauvres protagonistes se démènent dans ce vide intersidéral. J'aurais presque préféré que le film aille jusqu'au bout de sa piste plutôt qu'il tente de nous retourner le cerveau avec son étiquette "faits réels".

Et puis le sujet même, celui de la régression, une pratique consistant à faire revivre les souvenirs refoulés de victimes ou de bourreau, il est très mal expliqué, très mal amené et très mal retourné. On nous présente ça un peu rapidement en nous disant que c'est ce qui va permettre d'obtenir des vérités et puis on enchaîne sur les témoignages des uns et des autres avant de nous dire qu'en réalité la régression est une pratique qui a été abandonnée parce qu'elle influençait de faux souvenirs. Ok, donc si j'ai bien compris, rien que le titre du film, si on connaît un temps soit peu le sujet, aurait déjà du nous mettre sur la piste du vide, du faux, de l'inconsistance et de l'idiotie.

Bref, très déçu par le film et c'est dommage car je suis sûr qu'Amenábar peut parvenir à faire de grandes choses. Mais ça, ce sera pour une autre fois...

Classé dans : Cinéma Mots clés : horreur, thriller, religion, Alejandro Amenábar, Ethan Hawke, David Thewlis, Emma Watson, cinéma espagnol, cinéma canadien