Desierto, dans le désert, personne ne vous entendra crier...

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Il me semblait bien que le nom de Cuarón résonnait comme celui d'une réalisation pertinente quand je prenais le DVD. Alors évidemment, l'énorme "Par les créateurs de Gravity" sur la pochette y est aussi certainement pour quelque chose. C'est parti pour une chasse à l'homme au milieu du désert.

Alors qu'ils tentent de rejoindre la frontière américaine, un groupe de mexicains est soudainement pris en chasse par un yankee et son chien. Voyant les premiers se faire tirer comme des lapins, les retardataires décident de rebrousser chemin, mais ne connaissant pas le désert, ils deviennent rapidement les nouvelles proies de ce chasseur sans pitié.

Desierto est un de ces films à huis-clos qui se déroule au milieu de grands espaces qui deviennent eux-mêmes un personnage à part entière. D'autant qu'ici il s'agit d'un espace totalement ouvert, fait de montagnes de rochers, de falaises, de vallée mais aussi de plateau avec seulement des cactus. Pourtant ici, le chasseur comme les chassés ne connaissent pas suffisamment l'environnement pour en prendre partie. Ce qui laisse un suspens haletant du début à la fin puisque chacun improvise dans ce milieu hostile.

Desierto, c'est finalement Gravity dans le désert : un ennemi imperturbable qui progresse de minutes en minutes dans un milieu totalement hostile à l'homme (cactus, chaleur, pierres branlantes, serpents, etc.) S'arrêter, c'est mourrir. D'ailleurs il ne serait pas étonnant qu'un prochain film des Cuarón se déroule dans l'eau... On prend les paris ? Bien sûr, on ne peut s'empêcher de penser à quelques autres grands classiques des milieux désertiques tels que Punishment Park de Peter Watkins où des prisonniers sont lâchés dans le désert tout en étant poursuivis par des agents prêts à leur coller une balle en pleine tête s'ils arrêtent, le tout dans un style documentaire très percutant.

Pourtant ici, nul leçon de mise en scène du réel. On serait plus proche style classique de thriller/slasher avec un protagoniste principal soucieux des autres et un tueur sanguinaire dont le compagnon est une machoire de crocs entrainée à tuer, pareil à une arme supplémentaire en plus de son fusil à lunettes. Evidemment, pour tout héros qui se respecte, il faut une jeune femme à sauver de l'ogre ainsi qu'un intérêt à survivre : retrouver sa fille. Donc au fond, on est dans un schéma somme toute assez classique.

Mais une fois le cadre posée, alors l'affrontement devient de plus en plus pesant. Lorsqu'il y a 10 personnes, on ne fait que compter les cadavres qui s'écroulent, mais lorsqu'il n'en reste que deux, on se demande lequel va bien s'en sortir. Et lorsque les deux hommes se poursuivent dans le désert, la tension est aussi insoutenable que la chaleur sur leur visage. Si au début on les voyait parcourir de très grands espaces assez rapidement, ici il n'est plus question que de faire le tour d'un rocher, profitant des creux et des interstices pour tenter d'échapper à l'autre, comme si l'action s'était ralentie et l'environnement dilaté. Les derniers instants de cette chasse sont si haletants qu'ils sont une réussite à mes yeux.

Et la fin, cette fin si ouverte qui ne fait que montrer le désert à presque perte de vue, laissant deviner quelques lumières de bienvenue à l'horizon tandis que l'on sait nos héros au bout de leur force. Quel avenir pour eux ? Happy end ou mort certaine ?

Donc au final, on passe un assez bon moment de tension à voir personnages évoluer, le tout sous une lumière aveuglante qui pose sur l'environnement une sensation que tout ce qui reste inanimé est déjà pourri.

Classé dans : Cinéma Mots clés : drame, thriller, désert, chasse à l'homme, Jonás Cuarón, Gael García Bernal, Jeffrey Dean Morgan, Alondra Hidalgo, cinéma mexicain, cinéma français