A Cure For Life, buvez de mon eau si pure...

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L'affiche d'un film compte beaucoup pour moi. En préparant cet article, j'ai découvert l'affiche initiale du film, celle présentant Mia Goth prisonnière de sa baignoire remplie d'anguilles. Le genre à me dégoûter littéralement de voir le film. D'ailleurs, je ne comptais lui porter aucun crédit. Mais pour la version DVD, ils ont proposé une autre affiche, beaucoup plus belle et mystérieuse, et reflétant davantage l'ambiance du film que la première. Celle de Mia Goth toujours flottant dans un filtre bleu alors que le chateau s'élève derrière elle. Fascinant. Ni une ni deux, c'est ce qui m'a tout de suite attiré.

Le jeune et ambitieux Lockhart compte bien se faire une place au milieu de la finance. Mais pour parvenir au poste espéré, et surtout éviter la prison suite à ses multiples magouilles financières, il doit ramener son patron parti en cure dans un centre suisse. Une fois sur place, un accident le contraint à résider dans les lieux. Refusant pourtant de se considérer comme un patient, il se rendra compte qu'il est en réalité prisonnier d'un docteur machiavélique et que ce centre si calme et paradisiaque s'avère être en réalité un enfer sans pareil...

En regardant un peu les images du film au dos du DVD, j'ai eu l'impression qu'on était plus dans un film du type Vol au-dessus d'un nid de coucou que d'un film d'horreur. Je m'étais même préparé un peu à le voir, sachant que je regarde toujours les films en fonction de ma condition du moment (prêt à cogiter ou prêt à poser les neurones). Là j'avais vraiment l'impression que ça allait être du lourd. D'autant que le film joue quelque peu sur cet aspect au tout long du récit. On ne sait jamais vraiment si l'on est face à un drame ou face à de l'horreur et c'est là toute la réussite de cette oeuvre.

C'est réussi car les 2h20 du film sont parfaitement exploitées, ce qui est d'ailleurs assez inattendu. En général, on se contente d'expédier le tout en 1h30, avec des raccourcis sans pareils qui ne laissent pas le temps au film de se poser. Mais là, bien au contraire, on prend le temps d'exposer la situation, le contexte du personnage et sa situation. Avant son arrivée au centre, on connaît déjà toutes ses motivations et ses contraintes. Son passé récent surgit en flashback et son passé plus ancien nous sera révélé progressivement. On peut donc assister à sa déchéance complète au fur et à mesure.

Pourtant, il semblerait qu'il y ait un retournement de situation forcé sur le final. Sans trop vous spoiler, disons que le personnage revient bien rapidement à ses préoccupations premières qu'il avait fini par abandonner, terminant comme il se doit sur un happy end plutôt très attendu alors qu'il aurait pu se terminer sur une fin beaucou, beaucoup plus sombre.

Ce qui m'a marqué aussi dans ce film, c'est l'utilisation des couleurs et des lumières. Cette ambiance verdâtre terne reste sans doute la meilleure représentation que j'ai pu voir de ces éclairages laiteux de néons qui effacent les ombres. En fait, je ne m'attendais pas à une réalisation aussi soignée de Gore Verbinski, dont The Ring : Le Cercle ne m'avait pas laissé un bon souvenir (je ne parle pas de Pirates des Caraïbes qui, s'il a eu le mérite de relancer un genre et une franchise, se considère surtout comme un projet sur mesure.) Là au contraire, on est dans de l'expression plus personnelle.

Il faut dire que les scènes sont grandioses tout au long : la route sinueuse qui mène à l'institut, véritable havre paradisiaque en comparaison du village plus bas, le tout dans un environnement montagneux des Alpes Suisses qui en rajoute au mystère. Et puis au fur et à mesure que le personnage s'enfonce, avec le son de sa démarche boiteuse (s'étant cassé une jambe, il dispose de béquilles qui font un bruit singulier tout au long du film), on découvre des lieux plus fermés, comme cette scène magnifique où il cherche son patron dans des salles identiques avant de se retrouver enfermé entre quatre murs de briques. Dès lors le cadre est posé et notre héros est prisonnier. On dirait que le décor veut sans arrêt garder ses proies. D'autant que le contraste entre les salles extérieures et les profondeurs s'avèrent fortes. Le clou étant évidemment le laboratoire initial de ce cher docteur qui recèle bien des surprises. Le tout finissant dans un grand feu qui inversera totalement les ambiances de chaque univers. Allez, c'est bien simple, si je devais faire une comparaison, je dirais que c'est une réalisation à la Guillermo Del Toro... en mieux (oui j'ai du mal avec les films de Del Toro que je trouve moins fascinants...) Et puis il y a des PUT**** d'effets de reflets dans certains plans, c'est juste de la magie à regarder, du petit lait, à consommer sans modération, que ce soit le plan du train qui rentre dans le tunel (et qui donne l'impression qu'on va droit dans le mur) ou encore les montagnes se reflétant sur le plan d'eau, c'est juste visuellement du bonheur.

Côté acteur, j'ai trouvé le jeu de Dane DeHaan assez surprenant. On ne sait jamais vraiment s'il a conscience de ce qu'il fait ou s'il a basculé dans une folie intérieure. Et puis c'est fou ce qu'il ressemble à DiCaprio, d'où une comparaison facile et presque attendue avec Shutter Island (que je n'ai pas aimé non plus, le film comme le livre). A ses côtés, Mia Goth qui, en revoyant l'affiche où elle s'expose dans sa baignoire, me faisait penser à Kristen Stewart (d'où sans doute mon refus premier de voir le film aussi) et puis dans le film, j'avais l'impression de revoir le personnage de River interprété par Summer Glau dans la série Firefly. Face à eux, un acteur qui a déjà une bonne grosse carrière depuis la fin des années 80 mais qui commence seulement à se faire mieux remarquer, je veux parler de Jason Isaacs qui joue une fois de plus un médecin psychotique. Je dis une fois de plus car je l'ai précédemment vu dans la série The OA malgré qu'il ait tourné celle-ci après A Cure For Life (je me demande comment il a réussi à rester sain après ces 2 grands rôles)

Bon, je vous dis que j'ai adoré ce film mais il y a quand même des scènes qui m'ont fait hurler et littéralement me cacher. Oui car qui dit institut de santé mal famé dit expériences pas toujours réjouissantes. Mais alors là je ne m'attendais pas du tout à tout ça. Entre les baignades au milieu des anguilles, ces poissons visqueux qui se frottent comme des serpents dans l'eau... brrrrr et cette scène où il lui vide littéralement un bocal de ces bestioles directement dans l'estomac, je.... mais c'est pas le pire ! Enfin si, c'est à égalité dirons-nous, avec ce gros plan, ce maudit gros plan qui a duré bien trop longtemps (car chaque fois que je rouvrais les yeux il était toujours dessus) d'un perçage de dents ! Aaaaaaah rien que de l'écrire, j'en grince encore....

Bref. Beaucoup ont trouvé le film raté et avouons-le, il n'est pas exempt de défauts, la fin se transformant en une espèce de duel face à un slasher et, comme je l'ai précisé, une fois que notre héros reprend subitement ses esprits, on sait déjà où cela va nous mener. Mais dans son ensemble, il mérite d'être vu, ne serait-ce que pour son côté étrange, flirtant sans arrêt entre le thriller et le fantastique avant de se transformer en film d'horreur. Allez, si vous n'avez pas froid aux dents, voyez-le.

Bon, une fois n'est pas coutume, je vous mets en garde, la bande-annonce se veut plus percutante que l'ambiance réelle du film.

Classé dans : Cinéma Mots clés : fantastique, thriller, horreur, drame, hôpital psychiatrique, Gore Verbinski, Dane DeHaan, Jason Isaacs, Mia Goth, cinéma américain, cinéma allemand